mardi 11 octobre 2016

Trump, Clinton et le show électoral américain



Editorial Lutte Ouvrière

    Les électeurs américains sont appelés aux urnes le 8 novembre, et nous saurons alors qui succédera à Obama pour diriger la première puissance mondiale.
    

   Avec Trump, les Républicains ont choisi un candidat xénophobe, misogyne et grossier, comme l’illustrent ses propos orduriers à l’encontre des femmes. Il a fait de l’hostilité aux musulmans, accusés d’être des terroristes, un fonds de commerce électoral. Il s’en prend aux Mexicains, traités de violeurs et de trafiquants de drogue, contre lesquels il voudrait construire un mur. Il prétend représenter les travailleurs blancs qui ont vu leur niveau de vie diminuer et la précarité augmenter au cours des dernières années. Mais Trump est en réalité un promoteur immobilier milliardaire, qui a bâti sa fortune sans payer d’impôts, en exploitant des travailleurs, des immigrés notamment, et en les licenciant sans ménagement. C’est une sorte de Le Pen américain, et Le Pen père et fille lui ont d’ailleurs rendu hommage : comme eux, il désigne les migrants comme des ennemis et protège les capitalistes. Il cible les pauvres et épargne les riches, dont il fait partie. Quant à son « achetez américain » protectionniste, il rappelle le « produisons français » qu’on entend si souvent ici.

   Clinton est sans doute la candidate préférée de la grande bourgeoisie. Sans compter le bilan de son ex-président de mari, elle a largement fait la preuve de sa loyauté à l’égard des plus riches, comme sénatrice ou comme ministre. Par exemple, c’est avec son soutien que les banquiers ont largement été renfloués depuis 2008 par l’État fédéral. Elle a également soutenu les guerres menées par les États-Unis pour préserver leurs intérêts, comme en Irak en 2003. Si elle parvient à la Maison-Blanche, la bourgeoisie sait qu’elle pourra compter sur elle.

   Il y a huit ans, l’arrivée au pouvoir de Barack Obama avait suscité de vastes espoirs. Les Noirs espéraient que son élection mette un terme à la longue histoire de racisme et de ségrégation qu’ont connue les États-Unis. Aujourd'hui, les Noirs continuent de peupler les prisons américaines et d’être tués par des policiers que la justice n’inquiète quasiment jamais. De façon plus générale, les classes populaires espéraient une rupture avec les années Bush. Mais, tandis que les banques ont été renflouées, l’ensemble des classes populaires a payé un lourd tribut à la crise, et les inégalités sont encore plus criantes aujourd'hui qu’il y a huit ans.
   À l’étranger aussi, bien des gens avaient des illusions dans Obama, élu en promettant de rompre avec les interventions militaires. Huit ans après, rien n’a changé. L’impérialisme américain reste le gendarme du monde. Il soutient toujours la politique de l’État d’Israël, et donc l’oppression contre les Palestiniens ; ou l’Arabie saoudite et son régime moyenâgeux, et tant d’autres dictatures amies.
Pour la bourgeoisie américaine, le système politique est bien rodé. Deux grands partis se succèdent aux affaires, et les grandes entreprises versent d’ailleurs leur obole de chaque côté, pour ménager l’avenir. Tout le cirque électoral se résume au choix du locataire de la Maison-Blanche, mais certainement pas de la politique qu’il y mènera.

  
   Mais notre système politique, ici, n’est pas si différent. La bourgeoisie sait que celui ou celle qui sera élu gouvernera dans son intérêt.  
Les États-Unis ont Trump ; nous avons Le Pen. Ils ont Clinton ; nous avons Juppé ou Hollande. Ils ont Bernie Sanders, qui fit campagne au nom du socialisme et roule maintenant pour Hillary Clinton ; nous avons Mélenchon, qui soutint Hollande, voudrait maintenant prendre sa place, mais qui mènerait la même politique, car il est tout aussi respectueux de l’ordre social. Nos politiciens sont aussi démagogues, aussi va-t-en-guerre, aussi prodigues en promesses électorales et aussi dévoués au grand capital que les acteurs du spectacle électoral américain.

   Ce qui manque là-bas à la classe ouvrière, réduite à ce faux choix entre deux partis qui se disputent le droit de l’opprimer, c’est ce qui manque ici : un parti qui défende vraiment ses intérêts de classe. Les travailleurs américains ont pourtant une longue histoire de luttes, marquée par les grandes grèves des années 1930 et les révoltes des années 1960, parmi les Noirs en particulier. Mais ils ne se sont pas forgé un parti qui leur permette de se faire entendre sur le terrain politique.

   Que les travailleurs américains puissent retrouver le chemin des luttes et bâtir un parti qui défende leurs intérêts, c’est donc tout ce qu’on peut leur souhaiter. Mais c’est aussi ce qu’il faut pour la classe ouvrière ici.

vendredi 7 octobre 2016

Extrait de l'intervention de Jean-Pierre Mercier lors du meeting du 30 Septembre à Paris

Jean-Pierre Mercier : comment se fabriquent les profits

Lors du meeting du 30 Septembre au Cirque d'hiver Bouglione, avant Nathalie Arthaud, c’est Jean-Pierre Mercier, ancien ouvrier de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois aujourd’hui à celle de Poissy, qui est intervenu, donnant notamment un aperçu des conditions de travail en usine :

     « Non seulement la rémunération globale des salariés a baissé, mais le temps de travail, le temps passé sur la chaîne, augmente.
À PSA, le patron a inventé la GJP, la garantie journalière de production. Le raisonnement patronal est simple : il nous embauche pour faire 364 voitures en 7 heures, il lui faut 364 voitures, quitte à nous faire travailler plus longtemps dans la journée.
 

La moindre panne amène un rattrapage minimum de 10 minutes. Ces 10 minutes sont d’abord prises sur les 31 minutes de la pause repas, qui tombe à 21 minutes. Imaginez ! Il ne vous reste que 21 minutes pour aller vous laver les mains, aller aux toilettes, faire chauffer votre gamelle au micro-ondes, l’avaler au bord de la chaîne et, à la sonnerie, courir pour reprendre le poste.
Si les pannes sont plus importantes ? En plus des 10 minutes prises sur la pause repas, ce sont 10, 20 ou 30 minutes supplémentaires qu’il faut faire à la fin de l’équipe, en n’étant évidemment prévenus qu’au cours de la journée que l’on sera libéré 30 minutes plus tard.
 

Quant à l’intensité du travail, elle a explosé. Dans toutes les usines, le patron a bouleversé l’approvisionnement des pièces, pour les rapprocher au plus près de l’ouvrier de chaîne. Car les quelques pas que faisait l’ouvrier les mains vides pour aller prendre les pièces dans le bac étaient considérés par le patron comme du temps perdu. Pour l’ouvrier, c’était ce que les médecins du travail appelaient les micro-pauses où, pendant quelques fractions de seconde, les muscles, les tendons, les articulations des poignets, des coudes et des épaules se reposaient.
 

Désormais, les pièces sont livrées à quelques centimètres de l’ouvrier, pratiquement dans ses mains. Ce temps gagné à chaque poste, mis bout à bout, a eu comme conséquence la suppression de dizaines de postes le long de la chaîne.
 

C’est avec ce genre de méthode que, dans toutes les usines, les patrons obtiennent une production équivalente voire supérieure avec moins de travailleurs. Au final, ce sont des millions d’euros qui sortent directement des muscles de chaque ouvrier.
Oui, quand on dit que l’ouvrier fabrique le profit avec sa sueur et ses muscles, ce n’est pas qu’une formule, c’est la réalité ! »

vendredi 30 septembre 2016

Samedi 1er Octobre à Alfortville rencontre avec les militants de Lutte Ouvrière



de 10H15à 12H15


Place Allende devant la poste
Rue Paul-Vaillant Couturier devant la mairie


mardi 27 septembre 2016

Grève dans les hôpitaux de Créteil et Limeil contre une réorganisation des horaires. Soutien au personnel hospitalier !




Articledu Parisien 94

Hospitaliers en colère. Automobilistes énervés. Ambiance rue de Mesly, ce mardi matin à Créteil, aux abords de l’hôpital Albert-Chenevier (AP-HP). Dès 6 h 15, les agents en grève, plus de 200 selon les syndicats CGT, SUD-Santé et CFDT, 40 selon la police, bloquaient l’entrée de l’établissement, occasionnant coups de klaxons de soutien mais aussi grognements de certains cadres obligés d’aller se garer plus loin. Seuls les patients, handicapés, femmes enceintes et ambulances pouvaient passer.

Cette grève couvait depuis des semaines en opposition à la réorganisation du temps de travail, découlant du plan Hirsch. « L’exaspération est totale, note Thierry Labruyère de la CGT. Avec les nouveaux plannings qu’ils nous imposent, les agents ne vont plus avoir de vie de famille. » Cette nouvelle organisation, entrée en vigueur au 1er septembre, mais appliquée véritablement au mois d’octobre, prévoit des emplois du temps de 15 jours le matin, 15 jours le soir. À tel point que certains hospitaliers, comme cette aide-soignante de neurologie se sont mobilisés pour la première fois : « Ce n’est pas acceptable. »
Une opération « self gratuit » devait aussi être menée.

Au même moment, leurs collègues d’Emile-Roux (AP-HP) à Limeil-Brévannes, en intersyndicale filtraient eux aussi l’entrée de l’hôpital avec distribution de tracts, pour les mêmes raisons : « les arrêts de travail augmentent, les collègues font jouer leur droit de retrait. Ce n’est plus tenable », relève Pascal Hidalgo, de la CGT, qui assure que le mouvement a été « fort suivi malgré les nombreuses assignations de la direction, que nous allons attaquer en justice. » La grève est reconduite ce mercredi à Limeil. D’autres actions sont à prévoir dans les jours à venir dans les deux hôpitaux. Contactée, la direction n’a pas souhaité faire de commentaire.





lundi 26 septembre 2016

Les migrants, futurs prolétaires et frères des travailleurs d'Europe



Editorial Lutte Ouvrière

    Ce lundi, à Calais, Hollande s’est engagé à démanteler la « jungle ». Venu après Sarkozy, il était en campagne électorale et a joué la fermeté… contre les migrants. La façon dont les réfugiés sont parqués, sans même un centre d’accueil digne de ce nom, est honteuse. Après avoir souvent traversé la Méditerranée au péril de leur vie, ils la risquent pour franchir un tunnel. Pour les en empêcher, on a dressé des barbelés, on a inondé des terrains et on construit un mur. Et maintenant, le gouvernement veut les chasser. Mais aucun barbelé, aucun dispositif n’arrêtera ceux qui fuient la guerre, la dictature ou la faim : ils n’ont pas le choix. Si la « jungle » est détruite, elle se reconstituera à Calais ou ailleurs.

   Les autres politiciens ne sont pas en reste. La semaine dernière, alors que le gouvernement annonçait qu’il allait « relocaliser » les 10 000 migrants de Calais, le Front national a lancé sa pétition « Ma commune sans migrants ». Plusieurs ténors de la droite, comme Estrosi, élu président de région avec les voix du PS et du PCF, en font autant, sur le ton « ma région sans migrants ». Avec une pétition contre « la création de "jungles" sur l’ensemble du territoire », Wauquiez a pris la tête de la croisade. Il refuse les 1784 migrants que l’État veut placer dans sa région d’Auvergne-Rhône-Alpes, forte de 7,7 millions d’habitants !
    Sarkozy y est allé de son couplet ridicule sur « nos ancêtres les Gaulois ». Prêts à tout pour concurrencer le Front national, ces politiciens encouragent les plus racistes, disposés à s’en prendre physiquement aux étrangers.
   
    La démagogie anti-immigrés ne concerne pas que Calais. « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde », répètent les politiciens de gauche et de droite. Mais de quoi parlent-ils ?      
    L’Union européenne a vu arriver en 2015 un million de réfugiés, pour 510 millions d’habitants. Avec 65 millions d’habitants, la France en a accueilli 100 000. Et ce serait un problème ? Avec 4 millions d’habitants, le Liban accueille un million de Syriens.
  
Et puis, que proposent ceux qui refusent les réfugiés syriens, afghans ou irakiens ? De les rejeter à la mer ? De les renvoyer dans leur enfer, sous les bombes à Alep, sous la dictature de Bachar al Assad ou de l’État islamique ?
   La France est responsable de bien des exodes. L’Afrique a été pillée par la colonisation. L’Afghanistan, la Syrie et l’Irak sont ravagés par des conflits causés par les convoitises des grandes puissances. Quelle hypocrisie de déplorer les guerres, tout en se pavanant quand on vend des Rafale et des canons !

   Le Pen, Valls ou Sarkozy spéculent sur la peur des étrangers, qui seraient en concurrence avec les travailleurs d’ici pour les emplois ou les logements. Mais le chômage de six millions de personnes et la précarité n’ont pas attendu les migrants et n’ont rien à voir avec eux !
   Les réfugiés ne sont pas responsables de la crise économique ou du déficit de l’État. Quand le gouvernement impose la loi travail pour servir les patrons, quand Alstom veut fermer une usine et ruiner des vies pour accroître ses profits, qu’ont donc à voir les réfugiés ?
    Cibler les migrants, qui sont des pauvres, c’est épargner les riches d’ici, les capitalistes. Désigner les migrants comme un danger pour les travailleurs français, c’est vouloir abuser ces derniers. Si nos dirigeants veulent nous diviser, c’est pour mieux nous opprimer. Car ils mènent la même guerre de classe contre tous les prolétaires.

    La vie qui attend les Syriens, les Érythréens ou les Soudanais, dans les métropoles européennes, c’est d’être des prolétaires. Alors les travailleurs doivent les intégrer fraternellement dans leurs rangs. C’est d’ailleurs l’histoire de la classe ouvrière, qui s’est construite à travers des migrations. Nos ancêtres sont italiens ou polonais, venus produire le charbon et l’acier dans l’entre-deux-guerres. Ils sont maghrébins ou africains, venus pour les chantiers et les usines dans les années 1960 ou 1970. Des pays entiers, comme les États-Unis ou le Canada, se sont construits par l’immigration.

 
     Face à ces brassages, le mouvement ouvrier conscient, à l’époque où il était encore socialiste puis communiste, a refusé d’opposer les travailleurs les uns aux autres, sur la base de leur nationalité, de leur religion ou de leur couleur de peau. Il a toujours intégré les nouveaux arrivants, les plus exploités, aux bataillons plus anciens de la classe ouvrière, pour le combat commun contre la classe capitaliste. À nous d’en faire autant aujourd'hui.